Parapharmacie : en 2024, le marché français a bondi de 4,2 %, atteignant 7,9 milliards € selon le cabinet Xerfi. Une progression qui s’explique, entre autres, par l’explosion des ventes de soins solaires (+18 % sur la seule période estivale) et l’engouement pour les compléments alimentaires. Autrement dit, vous n’êtes pas les seuls à scruter les nouveautés en rayons : 63 % des consommateurs déclarent avoir acheté au moins un produit de parapharmacie au cours des six derniers mois (sondage IFOP, février 2024). Mais comment séparer le buzz de l’utile ? C’est là que j’entre en scène.

Tendances 2024 : quand la parapharmacie passe au vert

Premier constat : la clean beauty, autrefois niche, devient la norme. D’après les chiffres publiés par l’ANSM en mars 2024, 71 % des lancements référencés en parapharmacie revendiquent une formule « 96 % d’origine naturelle » ou plus. Cette mutation s’appuie sur trois leviers très concrets :

  • Des packagings recyclés ou recyclables (l’iconique flacon bleu de La Roche-Posay passe au plastique 100 % PCR en 2024).
  • La certification COSMOS Organic, désormais exigée par 45 % des pharmacies partenaires du groupement Giphar.
  • Les filières courtes : Laboratoires de Biarritz a relocalisé 80 % de sa production dans le Pays basque pour réduire son empreinte carbone.

Clin d’œil historique : en 1984, le pharmacien Jean-Noël Thorel lançait Bioderma avec l’idée novatrice de « biomimétisme ». Quarante ans plus tard, la boucle est bouclée : la nature inspire, et la science valide.

L’essor du dermocosmétique probiotique

2023 aura vu l’arrivée des premiers sérums microbiotiques libres de conservateurs synthétiques. Galderma a ainsi doublé ses ventes de « sérum vivants » entre janvier et septembre 2023. Pas un hasard : l’OMS rappelle que 60 % des Français souffrent d’affection cutanée dite « fonctionnelle » (eczéma léger, dermatite). Le probiotique topique, à l’instar d’Enterococcus faecium lysé, vise à restaurer la barrière cutanée sans corticoïde.

Mon avis ? Prudence et patch-test obligatoire : 8 % des utilisateurs déclarent une légère sensation de picotement les deux premières applications (retour terrain réseau Pharmabest).

Comment choisir un complément alimentaire sans se tromper ?

La question revient chaque semaine dans ma boîte mail. Voici ma check-list en cinq points :

  1. Vérifiez la présence du numéro de lot et de la mention « complément alimentaire » (obligatoire depuis le décret 2006-352).
  2. Examinez la forme galénique : gélule gastro-résistante pour le magnésium marin, huile végétale pour la vitamine D (absorption supérieure de 20 %).
  3. Comparez les apports journaliers : 375 mg de magnésium couvre 100 % des AJR, au-delà vous payez du vent.
  4. Priorisez les ingrédients sourcés UE ; un curcuma importé d’Inde peut contenir jusqu’à 3 ppm de plomb (contrôles DGCCRF, 2023).
  5. Repérez l’allié scientifique : publication, brevet ou étude clinique randomisée (ex. : Lactium®, étude clinique Lyon 2022 sur 300 sujets anxieux).

D’un côté, le marketing vous promet un sommeil olympien en deux gommes fruitées ; de l’autre, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) n’a validé que 271 allégations sur plus de 4000 dossiers. Mon conseil de terrain : réalisez un suivi de deux mois maximum, puis faites le point avec votre pharmacien.

Zoom sur trois innovations qui vont bousculer vos étagères

1. Le patch anti-UV connecté

Présenté au CES de Las Vegas 2024, le patch MySkinTrack UV 2.0 (L’Oréal Tech) mesure l’intensité solaire, la pollution et l’humidité. Relié à une application, il vous alerte dès que l’indice UV dépasse 3. D’ici l’été, 250 pharmacies pilotes le distribueront à 29,90 €. Un vrai coup de pouce pour les peaux claires (phototype I & II).

2. Les gouttes sublinguales de fer liposomé

Finies les gélules qui oxydent tout sur leur passage ! Le laboratoire italien PharmaNutra a breveté en 2023 le Sucrosomial® Iron. Résultat : +30 % d’absorption et zéro trouble digestif rapporté dans l’étude multicentrique de Milan (novembre 2023, 642 patients). Disponible en France depuis avril 2024.

3. Le spray nasal au xylitol contre les virus hivernaux

Plébiscité en Scandinavie, Xlear débarque enfin sur nos linéaires. Un spray à base de xylitol et de graine de pamplemousse qui réduit la charge virale de 2 log10 en 25 minutes (Université de Helsinki, 2022). Intéressant en prévention, mais pas un substitut au vaccin, rappelons-le.

Entre marketing et réel bénéfice : que faut-il croire ?

Chaque année, plus de 1 300 nouveaux codes CIP entrent en parapharmacie. Irréprochable ? Pas toujours.

D’un côté, l’affichage « testé dermatologiquement » rassure, mais n’indique rien sur la méthodologie : un patch de 24 h sur dix volontaires suffit à obtenir la mention. De l’autre, la pharmacovigilance post-commercialisation fonctionne : l’ANSES a retiré en décembre 2023 un complément hyperprotéiné après 42 signalements d’atteinte hépatique.

Cette tension permanente nourrit ma curiosité journalistique. Elle m’incite aussi à rappeler que la parapharmacie ne remplace pas le suivi médical. Un exemple : les gels anti-douleur à base d’arnica ne pénètrent que l’épiderme. Sur une tendinite, privilégiez la cryothérapie (poches de froid) ou… une consultation chez le kiné.

La piste réglementaire européenne

Le règlement UE 2023/2004, entré en vigueur le 1ᵉʳ janvier 2024, impose désormais la preuve d’efficacité pour les cosmétiques revendiquant « réparation cutanée ». Résultat ? Les laboratoires doivent publier un protocole in vivo sur au moins 30 sujets. Une petite révolution passée (presque) inaperçue.


Qu’est-ce que le Nutri-Score cosmétique ?

Prévu pour 2025, le Nutri-Score cosmétique classera les produits de parapharmacie de A à E selon l’impact environnemental et dermatologique. L’Institut Pasteur pilote actuellement la phase pilote sur 120 références. L’objectif : orienter le consommateur comme on le fait déjà pour l’alimentation. Bluff ou progrès ? Je penche pour un outil pédagogique, à condition de garder son sens critique.

Anecdotes de comptoir : quand les clients refont le match

Je me souviens d’un jeudi pluvieux à la pharmacie Montrouge, en novembre 2023. Une étudiante en médecine hésitait entre deux crèmes cicatrisantes. Sa roommate jurait par la Centella asiatica d’Erborian, elle penchait pour la madecassoside de CicaBiafine. Verdict le mois suivant : efficacité au coude-à-coude, mais texture jugée « plus sensorielle » pour la première. Moralité : le plaisir d’usage n’est pas un détail, c’est un gage d’observance.

Autre scène, cette fois chez Citypharma : un touriste britannique veut « the French homeopathic miracle » pour le jet-lag. On lui tend du Gelsemium en 9 CH. Trois jours plus tard, il repasse pour du mélatonine 1,9 mg. L’anecdote illustre une vérité : parfois, la tradition cède devant l’évidence clinique.


Vous l’aurez compris, la parapharmacie bouge vite ; encore faut-il garder la tête froide sous le flot permanent d’innovations. Si cet aperçu vous a donné l’envie d’aller plus loin, je vous invite à explorer nos dossiers sur la micronutrition, la phytothérapie et la dermocosmétique anti-âge. Vos questions, vos découvertes et — pourquoi pas — vos coups de cœur sont ma meilleure matière : partageons-les !